* 9 ans : le décès de mon père ...
Je ne me rappelle pas beaucoup des évènements qui ont suivi le décès de Papi, ils ne m'ont pas marqué tant que ça. Je n'ai pas assisté à son enterrement, parce qu'on a estimé que j'étais trop petite, et il s'est fait selon la tradition musulmane. Le corps de Papi a ensuite été renvoyé en Algérie, afin qu'il soit enterré avec les autres membres de sa famille. La disparition de Papi n'a pas laissé un trop grand vide dans ma vie, car je ne l'ai pas beaucoup connu, ce que je pourrais regretter aujourd'hui quand on m'en parle.
La seule chose que je retiendrai du décès de Papi, c'est le fait que mon père s'en voulait de ne pas réussir à pleurer.
Je n'ai aucun souvenir de l'anniversaire de mes 9 ans, ni de photos. Je suppose donc que tout le monde a essayé d'avoir l'air heureux, alors que c'était seulement peu de temps après le décès de Papi.
Afin de se changer un peu les idées, Papa et Maman décident de passer le week-end de l'Ascension dans les châteaux de la Loire, comme il y a 2 ans. De toute évidence, je suis ravie de retourner voir ces vieilles pierres. C'est de ce week-end que datent les dernières photos de mon Papa.
Peu de temps après notre retour, je décide de me faire couper les cheveux, très courts, comme un garçon, à la Fantomette, ou bien comme "Claude" dans le "Club des cinq", dont je lis également les aventures. Le but n'est pas de ressembler à un garçon, mais seulement d'être tranquille, de ne plus avoir ses longs cheveux frisés qui me font si mal quand on les démêle et que les garçons n'aiment pas. C'est un choc pour Papa lorsqu'il me voit avec les cheveux courts. A l'école aussi ils sont surpris, mais ça ne change pas grand chose au fait que Richard n'est toujours pas amoureux de moi.
Fin mai, Papa tombe malade, un sorte de grippe intestinale d'après ce que je me souviens avoir dit à ma prof de harpe. Début juin a lieu la kermesse de l'école. Mais Papa ne peut pas venir nous voir, il reste à la maison, alors que la maîtresse, qui va bientôt se marier, nous a organisé une chorégraphie sur "Freed from Desire" de Gala, ce qui était assez innovant comme style musical pour l'école.
A la mi juin, un vendredi matin, je suis surprise d'être réveillée par Grand-Maman au lieu de ma mère. Étonnée, je trouve Maman, assise dans le canapé du salon, montrant des difficultés à respirer. Je ne saisis pas très bien tout ce qui se passe, tout ce que je sais à ce moment-là, c'est que Papa doit aller passer des examens à l'hôpital aujourd'hui, et que Clémence et moi dormons le soir même chez mes grand-parents. Avant de partir à l'école, je monte dans la chambre de mes parents, pour dire au revoir à mon père. En entrant dans la chambre, il me dispute en me disant que c'est dangereux parce qu'il est peut-être contagieux. Je lui fais un bisou, et je pars à l'école. C'est la dernière fois que je l'ai vu !
Ce soir-là, je me retrouve chez mes grand-parents maternels avec ma soeur, pour dormir, comme c'était prévu. Ce qui n'était pas prévu par contre, c'est que ma mère aussi est là, pour dormir chez mes grand-parents, et je trouve ça bizarre, parce que Maman ne vient jamais dormir ici. A un moment, le téléphone sonne. C'est Mamie qui veut parler à Maman. A la fin du coup de téléphone, Grand-Maman va chercher ma mère qui pleure toute seule dans l'escalier. On vient de transférer mon père à l'hôpital Necker à Paris, pour une leucémie, un cancer du sang d'après ce qu'on essaye de m'expliquer. Le lendemain, Maman va à Paris pour voir Papa, avec Grand-Papa, et elle le fait ainsi tous les jours. Pendant ce temps, on vit toujours chez mes grand-parents, et je continue d'aller à l'école. Moi je suis triste parce que je n'aime pas tellement vivre chez mes grand-parents, je préfèrerais qu'on retourne à la maison, chez moi, et en plus, on annule nos vacances à Seix, alors que j'ai très envie d'y retourner.
Les vacances arrivent, et on vit toujours chez mes grand-parents. Maman part à Paris avec Grand-Papa tous les après midi, et elle rentre tard le soir. Je sais que Papa est malade et qu'il est à l'hôpital, mais pour moi, l'hôpital, c'est un endroit où on guérit, je le sais parce que j'en suis moi même sortie, donc pour moi Papa va guérir. Des fois Maman m'emmène à Paris avec elle, la route est encore plus longue et ennuyeuse que lorsqu'on allait voir Papi à Senlis. La seule différence avec Papi, c'est qu'à l'hôpital, je ne peux pas voir Papa. Il est dans un service spécial, où il faut avoir 15 ans pour pouvoir y entrer, et moi je suis trop jeune. Et Papa ne peut pas sortir de sa chambre stérile, il est trop faible. D'après Maman, il a perdu tous ses cheveux, et a beaucoup maigrit.
Chez mes grand-parents, je passe une bonne partie de ma journée à prier. Dès le matin au réveil, jusqu'à ce que je me couche. J'ai mis la main sur le missel de mon arrière-grand-mère et je lis inlassablement toutes les prières que j'y trouve, avec une croyance, et une foi dont je n'avais encore jamais fait preuve. J'en viens presque à supplier ma grand-mère de m'emmener voir le curé du village. J'ai à ce moment-là une très grande foi en Dieu, parce que c'est sur lui que je compte pour guérir mon père.
Vers la mi-juillet, Maman nous dit que Papa va peut-être bientôt pouvoir sortir de l'hôpital pour un mois, avant d'y retourner pour 6 mois. Pour moi, c'est un espoir immense. Mais quelques jours plus tard, on se retrouve à pleurer toutes les trois, ma mère, ma soeur et moi. Je ne comprends pas bien ce qui se passe. Maman pleure en nous disant qu'il va falloir que l'on soit très fortes toutes les trois, ou quelque chose comme ça. Et puis le lendemain, elle me dit qu'ils ont arrêté certains médicaments, et que l'état de Papa se stabilise. Pour moi ça veut dire qu'il va guérir.
Et finalement, le 19 juillet au soir, Maman ne rentre pas. Je vais me coucher avec pour seule explication de Grand-Maman qu'il y a des problèmes avec mon Papa.
Le lendemain matin, Maman vient me chercher dans ma chambre, et me dit quelque chose qui ressemble au discours qu'elle m'a tenu quelques jours auparavant, en me disant qu'il va falloir que l'on soit très fortes. C'est là que je comprends que je n'ai plus de Papa ...




